Sur ma table de chevet,
Un livre d’art :
L’art de faire passer les vessies pour des lanternes
Ou l’art de noyer le poisson ;
Un petit précis de conjugaison,
Pour mettre le futur au conditionnel,
Conjuguer l’avenir au plus que parfait de l’incompétence
Et le verbe être à l’impératif :
« Sois pauvre et tais-toi ! »
Et enfin, l’indispensable manuel
De perfectionnement en langue de bois.
Dans ma garde robe,
Une multitude de costumes
Taillés dans le tissus
Du libéralisme sauvage
Ou dans celui du socialisme fourvoyé ;
Des chemises aux tons multicolores :
Bleu horizon bouché,
Blanc immaculée corruption,
Rouge révolution trahie,
Vert espérance déçue,
Rose bonbon amer,
Gris ou noir troisième Reich ;
Des cravates de soie :
En pure soie d’ingratitude
Et en soie brodée de cynisme
Dans mon garage,
Une somptueuse voiture
Mise à disposition par Marianne,
Cette bonne et douce Marianne,
Sodomisée sans scrupules ;
Véhicule de fonction
Alimenté par du carburant vert,
Carburant à base d’oseille,
Oseille prélevée
Dans les potagers du bon peuple.
Dans ma mallette,
Des œillères,
Pour éviter que mon regard
Ne s’attarde sur certaines réalités
Dont le prise en compte
Pourrait nuire à ma carrière ;
Des boules Quies,
Pour que la plainte grandissante
Qui monte de la rue
Ne vienne chatouiller
Mes chastes oreilles.
J'ai fait l'acquisition d'un piédestal,
taillé sur mesure,
à la mesure de mon ambition démesurée.
Me voilà donc paré
Pour une longue et belle carrière,
Me voilà bien armé
Pour parvenir jusqu’au sommet.
Je vous vois venir,
Homos-populus
Avec vos godillots
Et vos escarcelles
Qui sonnent creux,
Je vous entends déjà :
« N’exagérons rien,
Ils ne sont pas tous comme ça ! »
Certes non, bien sûr,
Tous ne ressemblent pas
A cet exécrable portrait,
Je vous l’accorde,
J’en connais d’autres
Je vous l’assure,
Qui sont bien pires encore !
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