Le temps prend son temps, le traître,
Ton absence devient pesante,
Sournoise, l’horloge laisse paraître
Une indifférence déplaisante.
Je lance des appels de détresse
Vers ce sablier obstiné,
Qui égrène avec paresse
Des secondes indisciplinées.
Le temps prend son temps, conspirateur,
Les aiguilles sont de connivence,
Elles tournent d’un train de sénateur
Et me fixent avec insolence.
Mon cœur et mes yeux se vident,
Dans mon âme vagabonde,
Une rivière charrie perfide,
Des tonnes de tristesse profonde.
Le temps à le temps, cri l’horloge,
Riant de mon air taciturne ;
Puis elle se met à faire l’éloge
De la nonchalance de Saturne.
Le temps prend son temps, le fourbe,
Le ciel se voile à l’horizon
Et ma vie à rebours s’embourbe
Dans les marécages de déraison.
Lorsque nous sommes ensemble, quel toupet,
Il pousse l’indélicatesse
De n’avoir plus aucun respect
Pour les limitations de vitesse ;
Car le temps est espiègle mon amour,
Il aime souffler le chaud et le froid,
Il joue avec le compte à rebours,
Un coup à l’envers, un coup à l’endroit.
Le temps prend son temps aujourd’hui,
Je pose donc ma candidature,
À l’obtention d’un sauf-conduit,
Pour le pays de l’écriture ;
Ainsi, je couche pour tuer le temps
Sur le papier ces mots d’amour,
Pour que le temps dure moins longtemps,
Jusqu’au moment de ton retour.
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