Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Pégase Libre

L'univers de Patrick

Danielle CASANOVA

Publié le 13 Juillet 2012 par patrick dabard in Mon Panthéon a moi

 

danielle casanovaVincentella Périni que l'on surnommait Lella, est née le 9 janvier 1909 à Ajaccio.

Elle termina ses études secondaires au collège du Luc, dans le Var, dont l'une de ses professeurs avait été nommée directrice. Ses baccalauréats réussis elle obtint une bourse pour le lycée Lonchamp de Marseille où ses parents souhaitent qu'elle prépare le concours de Normale supérieure.

 

Elle quitte Marseille et, débarque en Corse, chez ses parents stupéfaits. Elle leur annonçe qu'elle ne voulait pas être professeur et qu'une profession libérale la tentait beaucoup plus.

 

Son père et sa mère comprirent ses raisons et l'envoyèrent à Paris, Voici donc Vincentella à Paris, en ce mois de novembre 1927.

 

Elle s'inscrit à l'école dentaire de la rue Garancière, loue une chambre d'étudiant rue Monge et s'intéresse au sort de toutes les victimes de la société, à commencer par celles dont les difficultés matérielles lui sautent aux yeux dans son propre milieu.

 

En 1927, un étudiant en médecine du nom de Ténine avait fondé l'Union fédérale des étudiants (V.F.E.). Dès qu'elle en apprit l'existence, Danielle s'y inscrivit en novembre 1927. Elle avait 18 ans. C'est là qu'elle y rencontra Laurent Casanova, avec qui elle se maria le 12 décembre 1933.

Les membres de l'V.F .E. étaient encore rares à l'époque. Aussi, malgré son inexpérience, fut-elle très rapidement désignée comme responsable de la section dentaire de cette organisation fortement marquée à gauche et où militaient les étudiants communistes. Dévouée et convaincue, elle prenait part aux discussions, collaborait au journal de l'V.F.E., elle le vendait à la criée.

 

En 1928, Vincentella adhéra aux Jeunesses communistes, dirigées alors par Victor Michaut . Vincentella est secrétaire du groupe de la faculté de Médecine, elle milite dans le Ve et le XIIIe arrondissements de Paris et accède aux fonctions de secrétaire du 4e rayon des Jeunesses communistes. C'est à partir de cette époque qu'elle se fait appeler Danielle.
Son adhésion au Mouvement de la Jeunesse communiste, en 1928, va la mettre en contact avec la classe ouvrière. Son horizon s'élargissait. Elle poursuivait ses études de chirurgie dentaire, toujours avec assiduité.
Le courant « ouvriériste » qui domine encore est battu en brèche dès la fin de 1930 alors que Maurice Thorez est devenu secrétaire général du PC en juillet de la même année.

 

1933 avait vu l'arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne
En février 1934, les ligues fascistes avaient tenté de renverser la République en France.En février 1934, au congrès d'Ivry des Jeunesses communistes, Danielle Casanova avait été élue membre d'une nouvelle direction du Mouvement comprenant aux côtés de Raymond Guyot, secrétaire général, Victor Michaut, Maurice Choury (qui devint rédacteur en chef de l'Avant-Garde), Georges Ternet (de son vrai nom Liebher), Léonce Grandjean et Raymond Latarget. Dès le mois d'octobre, le nombre d'adhérents de la Jeunesse Communiste passe de 4 198 à plus de
15 000. En décembre 1935, ils atteignent 30 000. L'idée de donner aux jeunes filles une organisation vraiment à elles n'avait pas surgi par hasard au Congrès de Marseille. Danielle Casanova en avait discuté avec Maurice Thorez et Raymond Guyot vers la fin de 1935. Dès décembre, quarante-deux foyers de filles adhérentes à la Jeunesse communiste avaient' été créés (dont dix à Paris). Au début, on parlera de l'Union des jeunes filles communistes Du 31 août au 7 septembre 1936, s'était tenu à Genève, sous l'égide de la Société des Nations, un Congrès mondial de la jeunesse réunissant sept cents délégués de vingt-cinq pays avec des représentants de l'Internationale communiste des jeunes, de l' Association mondiale des associations chrétiennes des jeunes gens, de la Communauté mondiale de la jeunesse pour la paix, la liberté et la culture, etc. 1936 avait vu l'entrée de la nouvelle Wehrmacht en Rhénanie.

 


L'arrivée des nombreuses adhérentes de juin et juillet 1936 va modifier les termes de ce débat et trancher dans le sens d'une organisation de masse. » Le 26 décembre 1936 se tient salle Adyar à Paris, le premier congrès de l'Union des jeunes filles de France, sous la présidence d'honneur de Marguerite Cachin, épouse du directeur de l'Humanité, compagnon de Guesde et de Jaurès, et la présidence effective d'Andrée Viollis, journaliste célèbre, mère de Simone Téry, qui militera elle-même à l'Union. Danielle, élue secrétaire générale, y présente le rapport général, déclarant notamment : (Mettre son travail et son intelligence au service de la communauté est notre devise. Soyons toutes les unes pour les autres des sœurs, des amies, des confidentes. (...) Nous disons à toutes nos sœurs antifascistes, à toutes les amies de la liberté et de la paix, que nous sommes prêtes à mettre nos forces au service d'un travail commun, à les fondre dans une organisation qui nous serait commune à toutes.) En mai 1936 avait paru le premier numéro de Jeunes Filles. Mai 1936, est marqué aussi par le triomphe du Front populaire. Et pour tout dire, mois d'espoir pour une jeunesse ardente qui veut de ses mains bâtir une vie heureuse.
Jeunes Filles de France sera, sous la direction de Danielle Casanova, un très grand journal féminin.

 

En octobre 1938, elle signe avec Jeanne Vermersch, qui deviendra l'épouse de Maurice Thorez, une lettre ouverte à la directrice du "Journal de la Femme" qui vient de publier une lettre enthousiaste sur le régime hitlérien et condamne cette «apologie de la dictature de M. Hitler» .
Elle organise, avec l'Union des jeunes filles de France et son journal, l'aide aux enfants d'Espagne, appelant à collecter du lait et à parrainer les petits Madrilènes affamés sous les bombes: « Dans nos foyers, autour de nous, recherchons de nouvelles marraines. Nous sommes certaines de trouver le meilleur accueil auprès des femmes et des jeunes filles françaises. Travaillons avec ardeur pour que notre œuvre des marraines des petits de Madrid devienne encore plus importante ».

 

En septembre 1938, l'acceptation, à Munich, par Paris et par Londres des revendications de Hitler sur la Tchécoslovaquie a soulevé la protestation indignée du Parti communiste français qui sera seul en tant que parti à en refuser les termes. Gabriel Péri déclarera à la chambre des députés que Munich, ce n'est pas la paix mais la guerre. Les Jeunesses communistes dénoncent la trahison :
« Monsieur Daladier, partez! « Vous menez la France à la catastrophe. »,
Danielle Casanova prend une part essentielle à l'action pour la paix.

 

 

En 1939 le parti communiste est interdit et rentre dans la clandestinité pour mener le combat contre l'occupant nazi.
Dès septembre 1939, la police municipale de Paris (PM), sous la direction du préfet Langeron, avait mis en place dans chaque arrondissement des « brigades spéciales», chargées de la chasse aux communistes. Dans les six subdivisions de banlieue, des organismes identiques avaient été implantés sous le double contrôle à la fois de la Police Municipale et de la police judiciaire (PJ).
En mars 1940, le directeur des Renseignements généraux (RG) avait, mis sur pied une « brigade spéciale » chargée de la répression anticommuniste.
Avec l’occupation, ce système est encore étoffé par la création de « brigades d’interpellation » faisant la chasse aux «terroristes» à Paris et en banlieue.
A partir d'août 1941, les RG vont disposer en outre de 5 «sections spéciales», et de 2 «brigades spéciales». Les chefs de cet énorme appareil policier sont des «spécialistes» de l'action anticommuniste.
L'une des plus sauvages de ces «brigades» des RG était dirigée par un ami de Pierre Laval. Il se nomme Baillet. Il sera bientôt secondé par Fernand David, qui dirigera la BS1, (spécialisée contre les politiques), la BS2 l'étant, en particulier, contre les Résistants de la MOI (Main-d'œuvre immigrée).

 

Danielle a été arrêtée le 15 février 1942 alors qu'elle apportait dans un cabas un peu de charbon à ses amis Politzer, rue de Grenelle.
Il reste évident qu'elle était suivie par la police depuis longtemps, et qu'elle fut victime d'un «coup de filet» préparé de longue date.

Le 9 juin 1942, Danielle Casanova tout un  groupe des femmes est emmené Rue des Saussaies pour interrogatoire par la Gestapo. C'est Rue de Saussaies que le commissaire David, chef de la BS1 a son bureau où il collabore en permanence avec les Allemands. C'est sans doute en accord avec lui - et ses supérieurs vichystes - que la décision est prise de faire des prisonnières des otages qui seront internées au Fort de Romainville, dans la proche banlieue parisienne. Danielle et ses camarades y arrivent donc le 24 août. Depuis mars, personne à l'extérieur n'a plus eu de leurs nouvelles.

Le 24 janvier 1943 elle est déportée sur Auschwitz.

Le voyage dura trois jours.
Entassées à soixante-dix dans des wagons à bestiaux, presque sans nourriture et sans eau, avec une tinette vite débordante pour tout lieu d'aisance.

Le convoi arrive le 27 janvier 1943 aux portes d'Auschwitz-Birkenau.

Une Aufseherinen «surveillantes ss » avait demandé s'il y avait une dentiste dans le groupe des Françaises. Après quelques hésitations, Danielle avait levé la main. On l'avait tout de suite emmenée. Sans passer par la désinfection, elle s'était vu tatouer le matricule 31655 sur son bras gauche et, immédiatement, on l'avait conduite, vêtue d'une tenue rayée propre, dans l'enceinte du Revier, l'infirmerie, où se trouvait une baraque réservée aux soins dentaires.

 

Le hasard du premier jour a donné à Danielle un avantage énorme: elle a presque immédiatement pu établir le contact avec l'organisation clandestine. Par la détenue slovaque Malhova, qui servait d'interprète à la Lageralteste (doyenne du camp, c'est-à-dire chargée de la direction de l'administration internée), la communiste allemande Gerda Schneider, elle trouve la filière internationale de la Résistance dirigée par des communistes dont certains connaissent le rôle éminent que Danielle a joué dans la France de l'avant-guerre.
Elle obtient ainsi des informations sur le camp, sur le déroulement de la guerre.
Elle contribue à faire connaître à l'extérieur la vérité sur le sort des détenus. Dès fin avril, début mai 1943, des tracts dénonçant l'horreur d'Auschwitz circulent en France.

Danielle sait tout. Elle vit avec la mort. Elle connaît l'affreux Block 26 ((Block - Baraque) où sont parquées la plupart de ses camarades. Elle s'y rend chaque soir, console les mourantes, soigne les malades, donne des nouvelles, encourage tout le monde.

Les déportées couchent sur des châlits à trois étages, serrées comme des sardines, souvent sans même une paillasse.
Pour toute nourriture, elles reçoivent une soupe d'orties, un morceau de pain gluant et noir. A trois heures et demi, dans la nuit noire, elles sont jetées hors de leurs lits à coups de matraques par des Stubeniilteste (chefs de chambrée) féroces. Après une infecte tisane, c'est l'appel dont nulle n'est dispensée, en présence des Aufseherinen qui frappent sauvagement.

 

Le typhus avait été apporté à Auschwitz, en avril 1941, par des détenus transférés de la prison de Lublin. Elle frappa de dix mille à quinze mille hommes et femmes au camp central (Auschwitz 1) au cours de l'année. A Birkenau, l'épidémie atteignit son intensité maxima durant l’hiver 1943-1944.

Après Maï Politzer, morte le 6 mars, Marie-Claude Vaillant Couturier est terrassée à son tour par le typhus. Marie-Claude Vaillant Couturier est malade. Danielle vient la voir dans la puanteur du Block 26 où tant de ses camarades meurent les unes après les autres.

Lorsque Marie-Claude sortit de la fièvre, une terrible nouvelle l'attendait: son amie Danielle était morte du typhus!

Le 1er mai 1943, Danielle est prise d'une fièvre violente. Quelques amies, dont Charlotte Delbo, lui rendent visite, mais elle ne les reconnaît pas. Puis la fièvre retombe brusquement. Tout le monde sait que c'est un signe fatal. Le 9 mai, Danielle n'est plus.

 

 

Commenter cet article